Devenir Mutantes

En ce tout début du Festival voilà l’autre œuvre qui nous a paru d’une grande sensibilité « Devenir Mutant-es » Conçue par le compositeur Sasha J. Blondeau avec l’autrice et documentariste Adila Bennedjai-Zou, ce spectacle porte avec beaucoup d’humanité les témoignages de trois personnes pour qui le chemin vers le bout du tunnel se révélera particulièrement difficile.


Le premier dont l’histoire nous interpelle nous fait presque sourire quand il nous dit que pour lui c’est une fourchette qui fut à l’origine de ses tourments. Et pour cause, lui, jeune malien arrivé en France n’avait pas l’usage de cet ustensile puisque dans son pays on mange avec les mains. A la cantine sa façon de manger fut donc jugée inapte et il fut placé immédiatement en classe de perfectionnement, marque d’infamie pour lui et sa famille, le voilà déconsidéré et il lui faudra du temps pour en sortir, récit bouleversant qu’il interrompt et reprend car ces paroles sont teintées de souvenirs graves.

Autre témoignage fort, celui de la jeune femme, Treizes qui a fait un séjour en Hôpital psychiatrique où on l’a bombardée drogues qui l’ont marquée à vie et dont elle fait état, parcourant nerveusement le plateau, esquissant des sortes de pas de danse témoignant de son désarroi encore présent.

La prestation est marquée par l’alternance de ces récits en présentiel, dont celui porté par Sasha J. Blondeau, de la voix off et de la musique.

Devenir mutants, c’est se reconstruire, pour Fofana il s’est agi à de retrouver le mandingue, la langue de son pays natal et de savoir dans cette langue souhaiter « la paix » et non le « bonheur » Son nouveau parcours l’a conduit jusqu’à ce poste de journaliste qu’il occupe actuellement.

Pour Treizes, elle dit revenir de loin, qu’il s’agit de bricolage de vie avant de parvenir à être écrivaine, rappeuse, de s’affirmer et de dire « Je ». Son recours est de se confier à « ses petits nuages » ce qu’elle ne veut révéler à aucun psy.

 Quant à l’accompagnement musical avec Joséphine Besançon à la clarinette, Yi Zhou à la contrebasse et la voix du contre-ténor Serge Kakudji, ii traduisait en harmonie, en disharmonie les voix intérieures au-delà de la formulation par les mots, le profond, le caché de soi enfin révélé.

Un spectacle puissant et touchant.

Marie-Françoise Grislin

Festival Musica le 19 septembre à l’Espace Gruber

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