Rituel 4 : Le grand débat

Ce spectacle créé en 2018 au Festival d’Automne à Paris par Emilie Rousset et Louise Hémon revient à point au Maillon en cette période d’élections municipales comme pour parfaire notre écoute de la parole publique et des enjeux politiques dont elle relève.


Il s’agit pour les concepteurs de ce spectacle de mettre en scène les grands débats précédant les élections présidentielles entre les deux candidats susceptibles de l’emporter, débats organisés par l’ORTF et ce entre les années 1974 et 2022. Les célèbres personnages politiques de l’époque vont donc s’y retrouver  François Mitterrand, Giscard d’Estaing, Ségolène Royal, Jacques Chirac, Marine Le Pen mais l’originalité de ces rencontres c’est que nous ne les verrons pas telles quelles, elles sont présentées comme un patchwork, les comédiens, en l’occurrence Emmanuelle Lafon et Laurent Poitrenaux endossant sans tenir compte du genre tantôt la personnalité de l’un ou de l’autre de ces grandes figures politiques.

Même si le dispositif scénique est conforme à celui qui était mis en place lors de ces débats à savoir une longue table au bout de laquelle les futurs candidats se font face et si les grandes répliques mémorables retentissent à nos oreilles  du style « Vous n’avez pas le monopole du cœur » ou, « Vous avez tout à fait raison, Monsieur le Premier ministre » et autres, cela n’empêche le spectacle de prendre une autre tournure que la reproduction pure et simple de ces événements  marquants de l’histoire télévisuelle car bientôt s’introduisent des effets dus en particulier au travail des caméramen qui vont et viennent autour de la table et  nous montrent, mimiques, positionnements corporels devenant déviants comme ceux au final où les deux candidats s’écroulent sur la table dans des postures de laisser-aller total. Toutes ces prises de vue étant projetées sur l’écran en fond de scène nous plongent ainsi dans l’intime et hypocrite personnalité de chacun des protagonistes.

A l’évidence tout cela est pertinent car si on reconnaît dans ces postures le cérémonial qui fit les beaux jours de l’ORTF il n’en reste pas moins vrai que nous ne sommes pas invités à de la nostalgie mais en repérant les échanges, les promesses que chaque candidat réserve à son électorat force est de constater leur aspect stéréotypé et l’on ne peut que sourire en se remémorant tous ces beaux engagements jamais tenus.  

Les comédiens s’impliquent avec justesse dans ces rôles de composition réussissant avec un talent non dépourvu d’humour à nous interroger sur le bien-fondé du jeu électoral.

Marie-Françoise Grislin

Représentation du 14 mars  au Maillon

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