Le Sommet

Nous l’attendions avec impatience et nous le retrouvons avec ses allusions pénétrantes et pleines d’un humour caustique sur ce monde qui sait se jouer de n’être rien et prétend être tout. Pour ce sommet qui pourrait se situer pourquoi pas du côté de Davos le metteur en suisse Marthaler nous propose, occupant tout le plateau, l’immense maquette d’un chalet suisse dressée comme une aire de jeu étonnamment réaliste (scénographie Duri Bischoff).


Tout y est astucieusement présents des étagères aux porte-manteaux, des lits superposés aux coffres de rangement et à la table escamotable. On s’y voit séjourner. Au centre se dresse, incongru, l’énorme tas de pierre en forme de petite montagne qui justifie le titre de la pièce et parodie certaines rencontres au sommet !

Première surprise c’est par le monte-charge qu’arrivent les uns après les autres les protagonistes. On remarque une distribution bien équilibrée , une femme et un homme d’âge mûr (Charlotte  Clamens et Graham F. Valentine), un couple d’âge moyen(Federica Fracassi et Raphael Clamer)et deux jeunes gens (Lilian Benini  et Lukas Metzenbauer) tous personnages  aux allures plutôt déjantées, et aux tenues démodées, (costumes Sara Kittelmann, maquillage et perruques Pia Norberg), si ce n’est le jeune homme qui se révèle être le portier et l’accordéoniste de service car chalet suisse oblige c’est  lui qu’accompagnera le groupe chantant le traditionnel » Là-haut sur la montagne … », clin d’œil qui nous  ravit et nous fait découvrir le talent de chanteurs des comédiens qui, à plusieurs reprises entonneront des airs très mélodieux.

Comme ce qui prime chez Marthaler c’est la satire, nous allons voir les personnages évoluer dans les circonstances conventionnelles d’un séjour à la montagne et quelques saynètes burlesques vont se succéder, telle par exemple celle du sauna avec flagellation ou celle de la séance de sport avec un maniement loufoque des bâtons de ski qui nous révèle le grand art des comédiens à jouer la maladresse. On n’oublie pas non plus la séquence soirée en grande tenue ni celle de la photo de groupe où chacun y va de sa plus belle expression ! quant à la lecture du « livre d’or » du chalet elle nous fait entrer tout droit dans le surréalisme.

Les comédiens semblent se surpasser pour entrer dans ces situations loufoques et tout dans leurs attitudes et  leurs visages sont parfaitement maitrisés pour  exprimer la dérision.

Un spectacle plein de trouvailles, drôle, ludique, savoureux car gentiment moqueur vis-à-vis d’une certaine classe sociale qui mérite d’être épinglée.

Marie-Françoise Grislin

Représentation du 12 février au Maillon

Pages : 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10