Ceci n’est pas une ambassade (Made in Taiwan)
Dans le cadre du Temps fort « Démocraties en jeu » Le Maillon nous a proposé une expédition historique, géographique et politique via l’ile de Taiwan. Celui qui nous y conduit n’est autre que le metteur en scène suisse Stefan Kaegi de Rimini Protokoll reçu ici même à plusieurs reprises dont on se souvient de sa » Société en chantier » qui nous avait conduit dans une vraie visite d’un plus ou moins réel chantier au cours de laquelle on apprenait les dessous des affaires afférentes à ce genre de travaux.
Pour l’heure il s’agit de toute autre chose avec ce sujet épineux de la reconnaissance de Taiwan comme état pouvant, ce qui n’est pas le cas présentement, intégrer le concert des nations, c’est-à-dire l’ONU.
Avec son talent de documentariste et de concepteur de mise en scène pertinente Stefan Kaegi amène trois ressortissants de Taiwan, chacun nous donnant à connaître son histoire. Chiayo Kuo, la jeune activiste numérique, Debby la musicienne percussionniste issue d’une famille qui a mis au point le Bubble Tea, une spécialité de Taiwan, mondialement connue et David, ancien diplomate. A trois, ils vont échafauder avec notre complicité cette ambassade fictive qui ferait que leur pays pour le moment à peine reconnu par quelques petits états comme Le Belize ou le Vatican ou ne possédant que quelques bureaux de représentation dans diverses villes du monde aurait droit à une reconnaissance internationale.
Impossible d’y échapper, leur détermination semble irrévocable. Les trois taiwanais ont jeté leur dévolu sur Le Maillon, ici sera leur ambassade. A nous de la voir se constituer sous nos yeux et de la cautionner. Toutefois pas sans avoir reçu une leçon magistrale sur ce qu’il en est de cette île voisine et dissidente de la Chine continentale qui s’appelle République de Chine et qui pourvoit le monde entier des micro-processeurs indispensables pour les ordinateurs. Retour donc sur son histoire édifiante, elle, qui lors de sa découverte par les Portugais au XVIe siècle fut dénommée Formose (belle île) et verra débarquer en 1949 Tchang kai Chek avec deux millions de chinois fuyant le communisme et la république populaire de Chine établie par Mao Tse Toung.
A l’aide de petites maquettes en carton projetées agrandies sur de grands draps blancs en fond de scène Chiayo nous présente son pays, la carte d’abord, puis les magnifiques et divers paysages qu’on y rencontre et la capitale Tapiei, ses rues animées et fière de son gratte-ciel de 509 mètres de haut. Quand elle quitte ses percussions, Debby traverse le plateau d’un pas décidé en agitant le drapeau de Taiwan, rouge avec dans le coin gauche un rectangle bleu marine au centre duquel est dessiné un soleil blanc. Des discussions ont lieu concernant le drapeau ou les paroles de l’hymne national jugées peut-être trop violentes. Les avis sont partagés sur l’histoire, si David est un tenant du Kuomintang, le parti nationaliste de Tchang Kai Chek, Chiayo traite celui-ci de dictateur mais leurs dissensions clairement exprimées tendent à démontrer que Taiwan est un pays démocratique et non une dictature comme la République populaire de Chine qui voudrait récupérer Taiwan et s’est d’ailleurs insurgée contre la tenue de ce spectacle en demandant par l’intermédiaires de son consulat son interdiction que la ville a bien sûr refusée. (Le panneau porté par David et sur lequel est écrit « i disagree » y fait allusion)
Quant à son avenir tous les trois le voient dans la démocratie, la justice et une indépendance reconnue à l’internationale.
Un spectacle engagé, inventif qui a obtenu l’aval des spectateurs devenus de facto ambassadeurs de Taiwan .
Marie-Françoise Grislin
Représentation du 5 mars 2026 au Maillon
