BORDA
Quel étonnement de voir apparaître sur le plateau cette sorte de grande structure d’un blanc éclatant, d’une totale immobilité, comme une sculpture, un immense glacier, le tout dans un total silence. Rien ne bouge. Commence une attente qui semble se prolonger indéfiniment sans qu’il se passe quelque chose, on ressent comme un malaise dans le public.
Puis imperceptiblement on perçoit quelques remuements dans les replis du grand amas de voiles, de tissus qui constituent la structure. Alors on guette les moindres mouvements qui se dessinent et nous font maintenant présager de ces présences humaines que l’on espère voir sortir ce cette superbe chrysalide modulée par une lumière savamment diffusée (Nicolas Boudier, régie Magali Foubert)
Cela se produit effectivement car bientôt des visages apparaissent plus ou moins grimaçants, les regards s’intensifient, les corps s’extirpent des tissus, ça bouge, ça respire, puis tout se fige avant que l’un après l’autre émergent enfin les protagonistes enturbannés, enchapeautés qui ressemblent avec leurs bras chargés de paquets à ces nomades des caravansérails transportant les uns des marchandises, d’autres ce qui semble être des bébés emmaillotés.
Quand ils se révéleront en toute liberté, nous découvrirons neuf magnifiques danseurs (Leonardo Nunes, Valentina Fittipaldi, Audrey da Silva, David Abreu, Raquel Alexandre, Daline Ribeiro, Joao Alves, Cayo Almeida, Vitor de Abreu ) qui parcourent l’espace du plateau avec une folle énergie, sautant allégrement dans leurs costumes légers, chamarrés, dignes de figurer dans un carnaval qui est un des grands moments de la vie sociale du Brésil, d’où justement Ils viennent et s’y entrainent dans la Cie de la chorégraphe Lia Rodrigues, Le Centro de Artes da Maré et l’Escola livre de Danças da Maré.
En pleine lumière, au rythme des percussions ils nous offrent cette danse pleine d’énergie, de virtuosité qui témoigne de la joie d’exister, avec ces possibles rencontres ou ces esquives au gré, semble-t-il des hasards ou des envies. On est dans un monde sans frontière et ces corps en pleine liberté redisent des expressions venues de loin en totale réactivation. C’est très beau et réellement enthousiasmant.
Marie-Françoise Grislin
Représentation du 28 mai au Maillon
